HISTOIRE (Suite 1)

 

                                 

 

                                   Qui se souvient des cadavres de vingt-cinq  Chouhada, gazés par les troupes françaises, retirés dans les années 1990, d'une grotte à El Gradib. Vite retirés, vite enterrés, vite oubliés. Qui en parle? Ah, oui! El Gradib? C'est à Ouled Sidi Yahia, en pleine forêt que ça se trouve.   

                                  La traîtrise et la félonie ne manquaient pas, chez d'autres.  Elle n'existait pas chez les Flita. Au moment où l'Emir, qui se  trouvait à Tagdemt, observait la division d'Oran qui  rôdait dans les parages, les Français attaquèrent sa Smala qui campait entre Taguine (à l'est de Tissemsilt) et Djebel Amour (Aflou). Celle-ci se disloqua et une partie du trésor se trouva entre les mains d'Ibn Ismaïl qui essaya de la transporter vers ses maîtres  à Oran. Les Flita t'attendent, traître. Essaie de passer. On se rasera la moustache si tu passes, comme on jurait avant et quand la moustache avait sa valeur. Rappelons que la Smala comptait pas moins de  60.000 personnes et avait ses écoles, bibliothèques, ateliers, etc.  Écoutons Charles Henry Churchill: le plus ardent dans la poursuite fut Mustapha Ibn Ismaïl, qui, pendant toute la guerre s'était distingué par le zèle malveillant avec lequel il avait toujours favorisé et guidé les mouvements des Français contre le chef  exceptionnel qu'une basse jalousie le  poussait à desservir et  contrecarrer. Alors qu'il traversait la région des Flita, il fut abattu  et décapité (par les Hararta entre Zemmora et Sidi Harrat, exactement à Hammam Ech-Chorfa, là où se trouve l'actuel cimetière communal musulman. L'endroit aujourd'hui s'appelle "El Abada". Sa tête fut portée au Sultan.  Abdelkader la contempla avec  une excusable satisfaction, puis d'un ton méprisant, donna l'ordre de la jeter aux chiens. C'est ce qu'on dit. Mais l'Emir avait  donné l'ordre de les enterrer dans le plus grand respect.   C'était  le 25 mai 1843. Le traître avait, de son vivant, juré fidélité au Maréchal  Bertrand CLAUZEL (1772-1842) pour que celui-ci l'aida contre Abdelkader. En 1836, Ibn Ismaïl, toujours selon CHURCHILL, suivi d'une misérable foule de juifs, se présentèrent devant le Gouverneur  Général entouré de son état-major, l'accablant d'emphatiques protestations de loyauté et de soumission, l'invoquant comme leur sauveur et leur bienfaiteur. Il fut promu au grade de général. C'est le premier général arabe de l'armée française.  D'autres veulent le faire passer pour maréchal, mais aucune trace de lui sur le répertoire des maréchaux de France.  Il fut très vite oublié et  rangé dans la poubelle de  l'histoire. 

                                  Pour honorer la mémoire de ce traître, les Français érigèrent une coupole sur la colline Ouerraya. C'est dire à nos chers amis que notre  "Ouerraya" avait une histoire formidable. Les tombes sur  l’Ouerraya et près de Cheikh Menaouar attestent de la férocité des combats.

                                  Toujours selon Churchill, suite à l'appel au Djihad lancé par l'Emir Abdelkader,  Mustapha  Ibn Ismaïl, ce vieux guerrier éprouvé, qui avait blanchi au service des turcs comme chef du Makhzen, refusait avec mépris de baiser les mains, selon son expression, d'un garçon qui n'avait pas de poil au menton.     

                                   Ibn Ismaïl (Bensmaïl) n'était pas le seul félon. El Ghomari chef des Béni  Engad fut passé en jugement et fusillé et  Bennouna, caïd de Tlemcen, s'enfuit au Maroc. Et  les braves Flita,  n'abandonnèrent jamais l'Emir.  Sachez que les Flita étaient  des durs à cuire et pas facile à gouverner. C'est  avec peine que les Turcs leur imposèrent le prélèvement d'impôts. Et seulement à la  deuxième moitié du dix-neuvième siècle.  Il fallut mettre à leur tête, comme Caïd en 1764, Sidi   Mohamed El Kébir, ancien bey du Titteri, qui plus tard eut l'honneur de libérer  Oran le 6  mars 1792, alors occupée par les Espagnols et avant, en 1776 écrasa les Espagnols venus  occuper Alger. Pendant qu'il était Caïd, il s'installa à Zemmora, alors capitale des Flita. Diriger les Flita n'était pas une mince affaire. Il fallait un grand homme pour un grand peuple. Comme on dit chez nous un "Terress".  Ibn Khaldoun (1332-1406), dans sa majestueuse  œuvre "Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale", rapporte qu'ils occupaient  tout le plateau de Mindas (actuellement Mendes ou Bièz comme l'appellent  nos parents), non loin de Oued Mina.  Zemmora fut complètement rasée en 1857 par un tremblement de terre.

                                    Après la défaite de l'Emir en 1847, les Flita  se disloquèrent et en particulier les Hararta,  comme beaucoup d'autres tribus, d'ailleurs. Au fil du temps, certains Hararta  prirent refuge à Bouguirat et Souaflia dont les Traka (famille BENTOKIA) qui ont des descendants à Mazagran. A Hadjadj (ex-Bosquet), on retrouve les familles BOUGHLIEM et BENHARRATH. A Sirat, la famille HARRAT. A Fornaka, la famille ABBASSI. Nos Hararta meurtris ont élu domicile égalementà Laghouat, Dellys dans la wilaya de Boumerdès, sous le nom de famille Harrat. Aux environs de Chlef et Sidi Lakhdar (Harrati) près de Mostaganem. Certains parmi eux furent contraints à l'exil. D'autres furent dirigés vers le bagne de Cayenne en Nouvelle Calédonie. Et les révoltes ne s'arrêtèrent jamais. 

                                     En 1864, Si Lazreg BELHADJ, mena une offensive contre le bordj de Zemmora. Avant de l'envahir, il détruisit les baraquements des colons. Il l'occupa plusieurs jours. Les secours vinrent de Relizane. Lapasset, alors colonel, pratiqua une brèche dans le bordj et  mit tous ses moyens pour le reprendre. Son artillerie et ses sapeurs du génie  militaire étaient de la partie. C'est là que perdit la vie notre héros. 

                                   Zemmora fut promue  le 18 avril 1888 au statut de commune, ce qui donne une idée de l'importance  qui lui a été accordée en vue d'une implantation massive de colons qui arrivèrent par vagues successives dès les années 1850, soit vingt ans  après le début de l'invasion française. Parmi ceux-ci, les Esclapez posèrent pied en pleine insurrection de Cheikh  Bouamama, qui dura de  1881 à 1904. L'un des leurs mentionna dans son livre "Relizane ou la Cayenne d'Algérie" que  Cheikh Bouamama se réfugiait dans les montagnes et forêts de Zemmora, après ses razzias et leur menait la vie dure.

                                   La conquête de la région de Zemmora est liée implicitement  à celle des massacres des autres tribus, parmi lesquelles les Ouled Riah, citées plus haut, par les généraux Christophe Louis Léon JUCHAULT de LAMORICIERE (1806-1865) qui se distingua par la prise de Constantine et BOURJOLLY.  Selon des documents français, de LAMORICIERE, dans ses comptes-rendus au Gouverneur le maréchal Valée, faisait état que...le combat de Zemmorah a causé dans toute la population un tel découragement qu'il a puissamment contribué à sa soumission, l'impression risque d'en être durable.

                                  Et cette pacification devait se faire par le feu et par le sang pour assurer l'occupation de l'axe Alger-Oran et interdire les attaques des tribus  précédemment citées contre les colons qui exploitaient les plaines de Relizane et Oued R'hiou qui deviendra plus tard Inkermann. Les colons devaient s'alimenter en eau potable à Zemmora. Mais, malheureusement pour eux, il y a les Hararta qui ne dorment pas et ont un seul idéal: mort aux impies ennemis d'Allah qui massacrent nos femmes et nos enfants.   

                                  Et c'est ainsi que   les Français rapportèrent dans leurs écrits que:<< Multipliant les démarches, Auguste Monge (1866-1942), administrateur de Ferry (actuellement Oued El Djemaâ, onze kilomètres au nord de Zemmora) en fit signer des pétitions à ses amis et administrés; expédiant des télégrammes et lettres, il obtint le captage de sources de la forêt de Zemmora. Les travaux sont l'objet de sabotages des indigènes, de malfaçon et, de rapports en expertises et vont durer quinze ans. Cette  eau sera la préoccupation majeure des Ferryens, Auguste Monge entreprenant de nouvelles démarches pour, cette fois, l'eau d'irrigation, à partir du barrage de la Mina.>>  Les Vaillants Hararta veillent au grain. Rien ne passe. Pas une goutte d'eau quinze années durant aux colons de Ferry.   Tous les Flita sont sur le pied de guerre. 

                                 Les Flita sont une confédération de dix-neuf tribus. Et ces tribus n'ont jamais baissé les bras. Parmi ces tribus, nous citerons les quatre grands groupes:  

               1-Flita M'hal;  

                2-Les Hararta   de Sidi Harrat Benaïssa;  

               3-El Anantra;  

               4-Les Ouled Sidi Ali Benyahia. 

                            Je citerai les principaux  aârouch et tribus : Touafir, Mekahlia, Ouled Bouali, Béni Issaâd, Chouala, Ouled Souid, Ouled Sabeur, Amamra, Béni Dergoun, Touafir, Ouled Sidi Lazreg... 

                            Toutes ces tribus et aârouch étaient sur le territoire compris entre la rivière de R'hiou à l'est, la vallée du Chélif au nord et le cours supérieur de  la  Mina et les Ouled Chérif au sud.  

 

                      Meknès, Volubilis et Moulay Idriss.   

                                  Certains écrits d'anciens colons, veulent faire passer de doux messages discriminatoires. Mais, Dieu merci, nous sommes bien éveillés. Le plus récent  est celui d'un raté, qui par nostalgie dénigre nos frères. Qui est ce nostalgique de Zemmora? C'est André Michel Benalal, le fils de Jacob Benalal. Le père, un  écrivain public, rusé comme un renard et malin comme un singe, boiteux et  collaborateur du 2° bureau. Le bureau des services de renseignements de l'armée française.  La plus grande machine à torture qu'a connue  l'humanité. Jacob était installé dans la boucherie du rabbin Benayoun.  Il faisait face au deuxième bureau. Dans  son  chiffon sur Zemmora, paru en octobre  2000, puis réédité et enrichi d’un second tome en 2002 à ses frais, a omis d'écrire que de 1954 à 1962, Zemmora a perdu plus de sept cents Chahids, les uns tombés au champ d'honneur les armes à la main, les autres assassinés par l'armée d'occupation et ses sbires tels  le fils  du rabbin Benayoun. Les disparus se comptent par centaines. Les Amamra, Hararta, Béni Dergoun, Touafir, Ouled Sidi Yahia, Ouled Sidi Lazreg, Beni Isaâd et Ouled Sabeur massacrés par les troupes d'occupation ne plièrent jamais. Un jour de vaillance vint un certain 1er novembre 1954. Les Flita  donnèrent à l'Algérie les meilleurs de leurs enfants. Le premier Chahid  est  feu  Benahmed des Amamra.  Pire encore, l'église lieu de culte chrétien transformé  en mosquée lui tient à cœur, lui qui est d'une autre confession. Crève, Judas. Nous voudrions lui dire que personne ne se souvient des beaux jours qu'a  passés cet instituteur véreux transformé par le fil du temps en écrivaillon victime d'un retour d'âge. Camus et Kafka se tordent dans leurs tombes. Effectivement, nous nous souvenons d'un délateur qu'est son père.  Nous  nous souvenons des cris que poussaient nos frères sous la torture. Non, nous n'avons pas oublié. Nous n'étions pas frères, André Michel. Loin s'en faut. Nous étions ennemis. Qu'il  sache  que parmi ces Zemmoréens dénoncés par son père, certains ont été les premiers à abattre les grilles de Buchenwald en 1944. Induit en erreur par des amnésiques, il a cru dur comme fer que Zemmora le pleure.

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