LA VILLE

 Cigogne du Café Benzineb.

23 mars 2011

Zemmora-Relizane :

La Fête du Village a bien eu lieu.

Zemmora, vingt kilomètres au sud-est de Relizane. La volonté d’être là où il faut et quand il le faut pour ce Petit Paris de jadis  existe  bel et bien, mais l’on est comme partout ailleurs débordé par le « présent ». Difficile de relever la tête quand est débordé par l’exode rural et l’arrivisme  engendreurs de mal vie, de chômage, d’atteinte à la morale collective et de repli des « ouled bled ». 

Hier, samedi 26 mars 2011. Une idée a mûri et les authentiques  Zemmoréens, jadis démissionnaires, l’ont concrétisée. « La Fête du Village » a bien eu lieu dans la ville. Cette bourgade  qui était l’un des plus beaux villages d’Algérie est désormais une grande ville. Un chef-lieu de daïra. Un grand pas administratif vers l’avant et deux grands pas vers l’arrière dans la vie sociale. Mais malgré tout, les bonnes âmes n’ont pas perdu espoir. Belghoul Kouider, Belazreg Yahia, Baâlache Ahmed, Benahmed Belkacem, Bousserouel Benatia  et d’autres encore n’ont fait que murmurer un petit oui ou hocher de la tête à M. Belamria Mustapha pour que celui-ci fasse renaître le Phénix de ses cendres.  Zemmora renait. Nul besoin de ceux qui se soucient peu de la Maison de la Culture devenue un dépotoir et de  la salle omnisports réduite au service d’urinoir. Tout s’est passé entre Ouled Bled.

Dès la matinée d’avant-hier, les enfants de ceux-là qui subirent les affres du colonialisme, s’unirent pour faire du champ de tir des troupes d’occupation, un lieu où il fera bon d’y être entre vieux copains à renouer  avec un passé commun douloureux certes, mais couronné par la joie de goûter à une liberté arrachée avec mille et un sacrifices. Une liberté bien méritée.

Et l’on se remémore. « Nous étions heureux avec nos deux balayeurs que nous enviions, notre berger du village, le seul  garde-champêtre Hadj Benaissa Bousserouel avec sa trique qui n’a jamais servi, notre  cordonnier  Guezza Abdelkader, notre meunier  et d’autres personnages devenus monuments du village, nous dit M. Belamria Mustapha. »

Comme Hadj Harrat Aggab ne rate jamais l’occasion pour montrer son savoir-faire, c’est sur son initiative bien sûr que les tentes furent érigées avant que ne viennent psalmodier le saint Coran, Hadj Miloud Chemrek et sa compagnie, comme le veut la règle.

Enfin, ces enfants des guerriers de l’Emir Abdelkader,  durent arracher à leurs coins les plus récalcitrants qui ont perdu tout espoir de renaissance du village, devenu malgré lui une ville « brouillon ». Anciens footballers, enseignants  et militaires en retraite, malades confinés chez eux depuis des lustres et autres victimes de la solitude malgré eux furent ramenés de gré ou de force pour côtoyer les anciens copains. Des copains ratatinés par la force de l’âge et réduits par le flux de ceux en qui ils ne reconnaissent point.

Sans le majestueux couscous dans sa gassaâ en bois, Zemmora, capitale des Flita ne serait qu’anonyme en matière culinaire, malgré les mets excellents de la région. Et c’est ainsi qu’un couscous royal fut servi à midi, avant que Cheikh Miloud Chemrek ne lève les bras pour implorer Allah aux défunts, aux malades et surtout à l’Algérie qui a tant besoin d’être aimée.  

Rendez-vous a été pris pour le printemps prochain et il a été donné parole par M. Belamria Mustapha, qui  soit-dit au passage habite Oran, que la fête sera grandiose. Enfin, les invitations seront adressées à titre individuel à ceux qui pour une raison ou une autre sont loin de leur village.  

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