Le 18 février 2010 Article paru dans le quotidien El Watan
Mécontent de la situation du développement local à Zemmora, le chef de l’exécutif n’a pas manqué d’user d’un ton ferme pour mettre en garde les assemblées locales en souffrance.
« Il n’est plus question de prendre en otage tout un programme destiné à l’amélioration du cadre de vie du citoyen. Ainsi, toute collectivité manquant d’harmonie et affrontée à des luttes intestines fera l’objet d’une dissolution », devait-il marteler avant d’ajouter : « On est en face d’un énorme programme de relance et si les élus se dressent en obstacle, c’est toute la région qui sera pénalisée ». Menée par un élu d’obédience FNA, la commune de Zemmoura est, depuis l’incarcération de président, soumise à secousse et des guerres intestines l’ayant plongée dans une morfonde léthargie imposée par un blocus manifeste dicté par la non-collaboration de 7 élus (4 FLN, 2 RND et 1 FNA). Ce statu quo aurait, selon des sources, empêché pas moins de 7 délibérations de voir le jour. Non loin de Zemmora, à Oued El Djemmaâ, assemblée vivant la même situation, la population attend avec impatience l’intervention de l’administration pour mettre fin à son épilogue qui n’a que trop duré.
Par Issac B.
Les nôtres de Ghazaouet.
Il y a cent soixante-deux ans, le 23 décembre 1847, l’Emir Abdelkader, le fondateur de l’état algérien moderne, en compagnie de ses troupes, quitta le Maroc et dut se résigner à accepter l’armistice à Sidi Brahim, non loin de Ghazaouet, un port de l’ouest algérien. Désormais, il ne combattra plus les occupants français qui envahirent l’Algérie dix-sept ans auparavant. De Ghazaouet, l’Emir Abdelkader embarqua vers Oran puis d’Oran vers Toulon dans le sud de la France, à bord de l'Asmodée, au lieu d’Alexandrie en Egypte ou Saint-Jean-d'Acre en Palestine comme convenu avec les généraux Cavaignac et De Lamoricière. Il passa dans son exil français cinq années de sa vie.
Qu’advint-il de ses troupes de Flita, cette confédération de tribus, et en particulier les Hararta ? Quelques-uns restèrent sur place à Ghazaouet et adoptèrent le patronyme de Fliti ou vinrent-ils plus tard ? La question reste posée.
Article paru le 25 août 2010 dans le journal Réflexion.
Tlemcen : Entre déculturation et culture islamiques
Melle Wahiba était venue de Dellys à Sidi Harrat Benaïssa El Idrissi dans la wilaya de Relizane et Tlemcen pour savourer cet avril printanier de l’ouest algérien tout en en fleurs et depuis n’y a plus remis les pieds. Et pour cause, déception « archéologique » totale.
Contrairement à la cathédrale Notre Dame d’Afrique sur les hauteurs d’Alger et la basilique Saint Augustin de Séraïdi non loin d’Annaba, c’est un paysage islamique désolant qu’elle découvrit à Tlemcen. La recherche de la trace de ses racines Idrissides n’a pas été jusqu’à Aïn El Hout.
Après le rituel passage à la tour de Mansourah qu’elle ne croyait pas érigée au milieu de ruines d’une forteresse et que c’est le minaret d’une mosquée bâtie par le sultan mérinide Abou Yacoub Youssouf, la voilà devant la mosquée d’Agadir dont elle a déjà entendu parler vaguement par un oncle. Paysage désolant !
La première mosquée construite en Algérie sous les ordres de son ancêtre Idriss Ier en 790 sert de dépotoir et de poulailler. Juste un soupçon de mihrab à l’est et l’imposant minaret à l’ouest témoignent des traces d’une mosquée. Le reste n’est qu’un pourtour de pierres taillées que l’on ne différencierait pas des ruines romaines ou numides. Traversée du nord au sud par une route bien bitumée, l’important vestige islamique vous fait un pied de nez et vous nargue, car sa restauration n’est pas pour demain.
Rien n’indique l’historicité de ce patrimoine islamique et pourtant de grandes décisions auraient été prises durant des siècles entre ces pierres muettes aujourd’hui. Décisions pour répandre la foi islamique ou pour la défendre contre quelqu’envahisseur avant que les troupes coloniales françaises ne détruisent l’édifice en 1850. « La mosquée d’Agadir », comme on l’appelle aujourd’hui du nom du quartier, a été érigée sur ordre d’Idriss El Akbar invité alors à Tlemcen, pendant qu’il régnait sur le Maghreb de l’ouest sur un état indépendant du califat de Baghdad.
Madame Khalida Toumi, ministre de la culture, lors de son passage à Tlemcen en septembre 2009 déclarait : «L’occasion est offerte d’abord pour doter la ville de Tlemcen d’infrastructures culturelles à la mesure de sa dimension historique et culturelle et ensuite pour donner une image saine et réelle de l’appartenance à la nation (oumma) islamique. » Est-ce un début d’appartenance ou une insistance à une appartenance quand on a abandonné un site islamique si important?
Plus d’une cinquantaine de pays musulmans prendront part aux festivités de « Tlemcen, capitale de la Culture Islamique » en 2011. Comme culture rime avec tourisme, en plus des 300 spectacles et 12 pièces de théâtre, l’on aura à visiter les sites historiques plus ou moins restaurés. La mosquée d’Agadir sera-t-elle à la hauteur de l’événement ?
Vues l’importance des vestiges en état de délabrement et l’histoire si riche de Tlemcen et sa banlieue immédiate, la demoiselle de Dellys admit le gigantisme de la tâche qui revient aux autorités et aux historiens, mais surtout la passivité passée et les négligences monstrueuses de grands pans de nos patrimoine et histoire si riches.
C’est, dit-on, au cours du siège de Tlemcen par les Mérinides de Fès, qui dura de 1299 à 1307, que disparut à jamais un des quatre exemplaires du Saint Coran rédigés en 647 sous le califat d’Othman Ibn Affan et que les Zianides gardaient jalousement depuis 1248. Donc Tlemcen qui abrite 70% des vestiges islamiques de l’Algérie, n’est pas sa première bourde « historique » et l’on attend avec impatience de savoir ce que réserve l’avenir à la première mosquée d’Algérie.
Le mot de la fin de Melle Wahiba a été : « Je crois que l’Algérie devra renaître encore une fois et c’est de droit. »
Par Benatia B.
Article paru le 15 septembre 2010 dans le journal Réflexion. Mohamed Yasser Kahal, un petit Harrati souffle sa première bougie dans l'insouciance et l'innocence. Lisez son aventure et celle des pompiers de Mostaganem.
Avec plus d’un demi-million d’interventions par an, la protection civile, si bien considérée, n’a jamais été aussi près du cœur des citoyens. La tâche est immense et désormais, les djinns du feu sont partout. Qu’ils soient sur les routes, les cimes des montagnes, les plages ou sous les kheïmas de nomades, les hommes de la himaya, ce parents pauvre de l’état algérien, n’ont que des mains à tendre. Des mains miraculeuses.
Appelés à tort ou à raison les soldats du feu, les éléments de la Protection Civile algérienne ne voient point comme mission principale la lutte contre ces dangers que sont la toute petite étincelle qui risque de ravager une ville ou la fournaise d’une forêt qui se consume. Une ville se reconstruit sous plus belle architecture et les chênes des forêts poussent plus beaux et plus forts.
A la mi-ramadan, pendant que le monde musulman célébrait la bataille de Badr qui porta haut l’étendard de l’Islam, les statisticiens transmettaient au patron, comme on appelle le Directeur Général dans le jargon de la Protection le bilan hebdomadaire de la dernière semaine d’août, le BRH. Pas moins 1880 ha de forêts calcinés. Où est le problème ? Tout repoussera ; l’important : plus de 6000 interventions et 5225 vies humaines sauvées. Voilà qui est dit, plus de cinq mille heureux. De Mostaganem à Bordj Badji Mokhtar et de Maghnia à Tebessa, ils ont le même souci : sauver des âmes. Et du DG aux nouvelles recrues, ils sont toujours là. Car comme dit le bleu Ouali Mohamed : « Moi, j’aime sauver les autres et peu m’importe ma vie. » On ne devient pas sapeur-pompier par nécessité, mais par conviction. Les temps ont changé. Ces gens-là aiment leur métier jusqu’à vivre l’incroyable et le fantastique. Prendre son métier à cœur ou rentrer chez soi.
Nul doute que les hommes en rouge qui surveillent les baigneurs en bord de mer durant la saison estivale se démènent tant bien que mal à les sensibiliser d’abord et à sauver ensuite les récalcitrants irrespectueux des grosses vagues. Là où le bât blesse, c’est quand durant la dernière semaine d’août, la protection enregistre le décès de 26 adolescents dans les mares, retenues collinaires, oueds, lacs et barrages. Et c’est ainsi que la Direction Générale essaie coûte que coûte d’étendre ses tentacules en réhabilitant de vieilles casernes et en construisant d’autres toutes neuves tout en recrutant du personnel motivé.
Si l’outil informatique s’est généralisé avec un site internet même et que les tueurs de feu peuvent débarquer chez vous à bord de grosses motos, il n’en demeure pas que les hélicoptères anti-feu ne sont pas pour demain et encore moins les canadairs. Comme les « genres » d’incidents évoluent, les « manières » et les moyens de secours vont avec. L’exemple le plus frappant est l’autoroute est-ouest qui ne pas que des heureux et plus on construit haut, plus le sapeur change d’échelle. Plus les routes écrabouillent et l’ambulance jaune s’équipe. Rien n’échappe à l’œil vigilant et préventif des hommes en bleu. Le cybercafé, le hammam, les cuisines des collectivités, les échafaudages de maçon, les bandes pare-feux de nos forêts, les écoles, les crèches, les lignes électriques, les conduites de gaz, les ports, les plages, les cafés, les restaurants, les aéroports, enfin tout autant les oueds que les rus. Ils ont toujours leur mot à vous dire qui que vous soyez et où que vous soyez. Que vous soyez fellah, commerçant, chef d’entreprise, médecin, mineur, les hommes du risque zéro sont là à dire ce mot. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, un jour ils ont dit leur mot à un bébé d’un jour. Non, un bébé à peine âgé de quelques heures.
C’était lundi 14 septembre 2009. Le ramadan tirait à sa fin. Bochra vient de mettre au monde tard dans la soirée dans une clinique mostaganémoise un joli bébé… prématuré. Kahal Mohamed Yasser qu’il s’appelle. Les mains expertes de l’obstétricien-gynécologue n’ont rien laissé au hasard durant cette malheureuse césarienne. La maman se porte comme un charme. Le bébé aussi.
De temps à autre, le médecin-lieuteant Rezgui, un homme en bleu que l’on n’appelle que par hadarat-Sir chez les Anglais- à l’unité de Mostaganem, fait un crochet chez un camarade de promotion dans la matinée du mardi 15. Il remarque que Yasser est tout bleu. Ce Monsieur Secours est de repos. Ni son éducation ni sa foi ni sa conscience ni sa fonction ne lui permettent de se dérober devant le fait accompli. Il a constaté et diagnostiqué donc il informe. Le bébé est âgé exactement de 14 heures. Peu importe l’âge. Agé de quelques secondes ou dépasser Noé de l’Arche, Sidna Nouh, d’une année, Monsieur Secours fait de votre douleur son affaire. La visite de courtoisie au copain de promo n’est plus au menu. Le lieutenant Rezgui met en branle la machine. Un poumon du bébé n’a pas « démarré ». D’autres copains sapeurs se fraient maintenant un chemin parmi la foule et les voitures mal garées. Nul ne sait d’où ils viennent. D’Achaacha à 100 km d’ici ou de chez quelque nomade à Fornaka. C’est qu’ils sont en ambulance et la mission n’est pas facile. La mission de se frayer un chemin et non pas la mission de sauvetage du nourrisson. Leur calme est olympien. Ce que le véhicule accouche comme matériel est impressionnant sous l’œil habile et paraissant hyper-compétent d’un autre capitaine et toubib. Celui-là aussi n’est apostrophé que par hadarat ou hakim par l’équipage mixte, car le respect est de rigueur. Ici, c’est comme à bord d’un navire ou un aéronef, un seul maître à bord après Dieu. Il y va de la vie d’un être humain. Un petit humain de quelques heures. Le hakim abandonne le gouvernail au docteur Rezgui. S’il l’a fait c’est surement en signe de reconnaissance et respect à l’ancienneté ou à l’expérience du docteur Rezgui.
C’est avec un mini-humain au bout d’une seule main, que le docteur Rezgui déballa les escaliers. Comme ce petit humain, il en meure quotidiennement des milliers de par le monde. De par ce monde cruel déficitaire en hommes dévoués tels nos bleus. Dieu merci ils sont là et Mme Bochra vous le confirmera. Valise, câbles, tuyauteries et bouteille suivent le petit Yasser qui passe aux mains de la grand-mère. Le parcours du combattant commence. Le circuit des spécialistes.
Le bébé, les câbles, la bouteille d’oxygène, les tuyaux, les hommes et femmes en en bleu et la grand-mère… Tout le monde descend. Le cardiologue, une dame en hidjab est formelle. Tout indique que le cœur et sa suite tournent bien rond. Rien à craindre. Son matériel est tellement sophistiqué qu’il conviendrait que personne n’oserait démentir son jugement. Un spectacle son et lumière doublé de la joie du cœur qui bat comme une horloge suisse.
Mostaganem, le centre- ville grouille de monde. L’ambulance s’est frayé difficilement un chemin. Même scénario. Bébé, câbles, tuyaux, valise, bouteille d’oxygène, etc... Le pédiatre est plus que catégorique. Aucune crainte. Laissez Yasser tranquille. C’est comme un fruit qui n’a pas mûri. Le poumon n’est pas à terme pour démarrer. Allah s’en chargera. Quelques jours sous une couveuse et tout rentrera dans l’ordre. Autre chose, le spécialiste refuse ses honoraires. Peut-être a-t-il considéré à sa juste valeur la sueur d’un docteur Rezgui peinant avec méthode à sauver son prochain. Peut-être aussi a-t-il deviné que les parents du petit Yasser sont sans ressources. Un beau geste du spécialiste.
Nul n’est infaillible. Bureaucratie oblige même les sauveteurs de vies humaines en font les frais. Difficile de faire admettre Yasser à une maternité. Il faut passer par les services des urgences de quelqu’hôpital. Rien que ça ? C’est la dernière ligne droite avant d’arriver à l’air vivifiant de la couveuse. Des collègues qui connaissent bien la générosité et la tendresse du lieutenant Rezgui pullulent aux urgences de Kharrouba de Mostaganem. Ils sont tous de sa trempe. Des Rezgui en puissance sinon ils ne seraient pas là. Les Urgences ? Un bourbier qu’ils gèrent tant bien que mal. Besoin urgent au nourrisson : la paperasse nécessaire pour une admission à la maternité. Aussitôt dit aussitôt fait.
C’est âgé de 19 heures que le petit Yasser pénétra sa nouvelle demeure, qui ne remplacera jamais le ventre d’une maman, pour en sortir avec un poumon droit en bon état de marche comme si les hommes en bleu lui en avaient commandé un tout neuf. Il a suffi d’une semaine pour en faire un homme. Et l’on se souvient que le 14 septembre 2009, le docteur Rezgui appela le 14 pour sauver Mohamed Yasser alors âgé de 14 heures et de modestes parents algériens furent comblés. Qui sait ce que sera le destin de Yasser, Haroun Rachid devint bien calife un 14 septembre 786 ?
Ce n’est pas un hasard si lors de votre passage par une unité de la Protection Civile algérienne, vous vous sentez à bord d’un navire. Tout est si bien organisé quoi que l’on pense, quoi que l’on dise ou quoi que l’on écrive. Le futile reste futile et le sapeur reste un grand homme au grand cœur. Les grands navigateurs fidèles et ardents de ce beau métier de sauveteur ne voient pas d’avaries à bord. Leur temps est si précieux.
Qu’ils soient officiers, sous-officiers ou hommes de troupe, les braves sapeurs envient ceux-là des séries télévisés étrangères aux immenses moyens qui, peut-être un jour jalouseront les nôtres dont ni la volonté ni le dévouement n’ont d’égaux que leurs foi et sens du sacrifice. En Iran, en Turquie, au Mexique, en France et en Italie, chapeau a été tiré aux gars avec une large révérence pleine de respect et comme le docteur Rezgui, ils croient dur comme fer qu’ils n’ont fait que leur devoir d’humain, modestie oblige.
C’est aujourd’hui que Mohamed Yasser, ce bébé de la Protection Civile, comme l’appellent les siens souffle sa première bougie sans les hommes en bleu de l’unité de Mostaganem qui, il faut le dire, en ont tellement sauvé d’âmes qu’ils ne se souviennent plus de ce petit de Zemmora et pourtant… là-bas, on ne parle que d’eux. Le capitaine Rezgui Abdelkader, car il vient d’être promu capitaine, les agents Fekir Yamina, Bentami Djilali, Benkaibiche Hadj et les autres ne sont point un vague souvenir, mais bel et bien des anges qui sont passés un jour quelque part pas là.
Par Benatia B.
Copyright sidiharrat.com, 2007-2012. Téléphone : 00 213 (0) 556545754. Contact : harrati@sidiharrat.com