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19.05.2012 Adieu, rabbin.
Nous sommes en septembre 1939. En Europe, les troupes allemandes viennent de franchir la frontière polonaise après l’occupation de Prague en mars.
Fin 1939. Maroc, plus précisément à Djebel Taghit d’Aïn Sfa, non loin d’Oujda. C’est le maoussim de la zaouïa hebria. Enfin, je crois, car l’histoire ne dit pas ce qui a poussé deux harratis à franchir Oued Kiss pour rejoindre la zaouïa, car en ce mois de décembre fut aussi inhumé le guide spirituel de cette confrérie, Cheikh Sidi Mohamed El Hebri Ben Mohamed. Le cheikh fut mis en terre à Drioua, entre Saïdia et Ahfir. Son fils Ahmed prit les rênes de la congrégation.
Nos deux harratis, personnages de ce fait réel et dont je vous relate les faits ne sont autres que Sidi Hadj Mohamed Benameur et son disciple Sidi Mohamed Benadda (1896-1985). Sidi Hadj Mohamed Benameur est le cheikh de la zaouïa, située actuellement sur la route menant de Zemmora vers Sidi Harrat. Sidi Mohamed Benadda n’est autre que l’époux de hadja Benadda Badra et le père de Hadj Benaïssa, feu Hadj Abdelkader, feu Hamid et Habib. Lcantouni est le sobriquet que porta toute sa vie et après sa mort Sidi Mohamed Benadda. Lcantouni - prononcer le n -, n’est autre que la déformation de cantonnier, le métier du disciple de Hadj Mohamed Benameur.
N’ayant pu trouver le motif exact de la visite de nos harratis chez le grands amis des Hararta que sont les cheikhs et adeptes de la tariqa hebria, je saute à la substantifique moelle de l’histoire que me relata Hadj Benaïssa le fils aîné de Sidi Mohamed Benadda.
Abou Hamed El Ghazali disait : «Chaque cœur, malgré les différences individuelles, est prédisposé à connaître la réalité des choses, car il est une chose divine – âmr rabbâni – et noble, qui par cela même se distingue des autres substances du monde (car il est) le lieu de la science des choses divines. » L’auteur de « revivification des sciences de la religion » n’aurait pas écrit mieux sur la chose divine. Et Allah sait ce que signifie chez les soufis cette « chose divine ».
Pour vous imprégner un peu de l’air de mon histoire, je ne manquerai pas de vous rappeler certains faits et chiffres que j’ai notés un jour dont l’ordonnance royale de 1834 fait de l’Algérie une possession française. Et là, sur 5000 maisons à Alger, 3000 confisquées, 900 démolies. Décret du 8 septembre 1830 : séquestration des biens habous - fondations religieuses - et de ceux de l’Etat algérien, soit la majorité des propriétés urbaines et une bonne partie de la Mitidja et des plaines côtières ; la loi de 1840 : expropriation forcée ; les lois de 1863 et 1887 : individualisation des propriétés collectives. En 1960, les Européens possédaient 90% des plaines d’Alger, d’Oran et de Bône, 95% des plantations de vignes et d’agrumes. Alger, comptait en 1865 seulement 12 mosquées, alors leur nombre était de 135 en 1830. A Oran, il ne restait qu’une seule mosquée. Profanation des cimetières, ossements envoyés à Marseille pour fabriquer du noir animal. En 1832, selon Hamdan Khodja, l’Algérie comptait 10 millions d’habitants. En 1872, lors du premier recensement complet de l’Algérie conquise, il n’en a été recensé que 2 100 000 musulmans. En 1954, ils étaient 8 500 000 musulmans. Alger comptait 100 000 habitants en 1730 ; 70 000 en 1827 ; 12 000 en 1833.
Donc même le nombre de nos mosquées s’est réduit en peau de chagrin. El c’est surtout là que bât blesse. Les croisades ont bel et bien commencé.
Sidi Hadj Mohamed Benameur et Sidi Mohamed Benadda, de retour d’Oujda firent escale à Oran. De la gare ferroviaire d’Oran, ils se rendirent la place d’Armes. Les Français fêtent à travers toute la France et l’Algérie avec fastes le centenaire de la colonisation de ce beau pays.
A Oran, Sidi Hadj Mohamed Benameur tenait absolument à voir la synagogue d’Oran. Le lieu de culte israélite faisait parler de lui. Il a été inauguré en 1918, soit juste a la fin de la première guerre mondiale. Une guerre, œuvre des puissances du Mal, et qui ôta la vie à 26 000 musulmans algériens. L’opposant chef-d’œuvre du boulevard Joffre a bien mis du temps pour accueillir les fidèles israélites. Son édification a débuté en 1880. Vingt-neuf ans pour voir les pierres de taille importées de Jérusalem s’entremêler et imposer les deux tours symbolisant les rouleaux de la Thorah.
Debout, faisant face à l'imposant édifice, Sidi Hadj Mohamed Benameur se débarrassa de ses deux burnous et les remit à Sidi Mohamed Benadda. Et commença une hadra jusqu'à la fascination. Jusqu’à la djedba, comme on dit chez nous.
SUR LES TRACES DES IDRISSIDES
La Smala de Zemmora, ce quartier rustique de la capitale des Flita, habité exclusivement par les Hararta durant des décennies, comptait parmi aussi un réfugié venu d'ailleurs. Hadj Ali Soussi. Un pèlerin qui, au retour de la Mecque au début des années 1920, s'est vu interdit d'entrer sur le territoire marocain pour cause de guerre. En effet, Abdelkrim El Khattabi venait de déclarer la guerre aux occupants français et espagnols. Le Rif marocain est bien loin du Souss et pourtant, rien n'y fit. Hadj Ali revient sur ses traces pour trouver refuge chez les Hararta qui le marièrent à feu Belahcen Rekia qui lui donna deux enfants. Aïcha et Ahmed.
A Bouchenine, l'on se rappelle du pieux taleb et j'ai eu l'honneur d'accéder sur ces montagnes à la mosquée et l'école coranique et le mausolée de Sidi Abdellah Oussaïd. Des lieux fascinants où naquit, étudia et vécut le jeune Hadj Ali. Et là aussi Hadj Ali a eu deux enfants. Rekia et Fatma.
La suite au retour.
Je vous embrasse tous.
Ces fières Maghrébines.
Fatima Fassi, Hassiba Benbouali ou Aziza Othmana ne seraient que des clones de la femme maghrébine qui un jour a gouverné, dirigé des hommes ou simplement résisté et éduqué. Tin Hinan, Sophonisbe et Kenza seraient celles qui font encore agiter nos moitiés et la dernière trouvaille n’est autre que « Mra hachak », un t-shirt de la styliste marocaine Fadila El Gadi que s’arrachent les Rbatis . Hommages à nos grandes dames.
Si pour cette moitié de la population, l’écartèlement est bien réel entre être femme orientale ou occidentale en ce Maghreb sur les bords de la Méditerranée et l’Atlantique et qui a connu sans conteste plus que toute autre contrée dans le monde une formidable imbrication des civilisations, la majorité reste cloîtrée des ses traditions, us et coutumes. Ou qu’elles soient, elles ont fait du conservatisme leur désir.
Loin de traiter justement d’histoire de nos grandes dames Algériennes, adulées chez nous, un coup d’œil serait plus que nécessaire sur celles qui firent la fierté de nos voisins et voisines, mais aussi d’autres qui fondirent dans l’anonymat. Si Aziza Othmana, cette princesse tunisienne du 17ème siècle qui appris le Coran et alla en pèlerinage à la Mecque, chose ardue à l’époque, a légué aux habous 90 000 hectares, affranchi des esclaves et acheté des prisonniers et fondé un hôpital, sa compatriote Mme Sana Hsaïnba vient d’obtenir un siège au Parlement de la ville d’Ottawa, la capitale du Canada. L’acharnement y est, mais la volonté y est plus encore même sur d’autres continents.
A Baghdad, rayonnant en ce VIIIème, Haroun Rachid ne se doutait pas que Kenza l’épouse du premier roi du Maghreb El Aqsa était enceinte et qu’elle allait sauver l’œuvre de son mari Idriss El Akbar qui fit du Maroc le troisième état indépendant dans l’histoire islamique. Encore une femme. Une femme qui, surement influença Malika El Fassi qui, alors que sous d’autres cieux sa compagne luttait pour le droit de vote, elle fut cosignataire du Manifeste du 11 janvier 1944 ou Manifeste de l’Indépendance du Maroc.
Loin de ces grandes dames, d’autres encore plus extraordinaires, furieuses contre leurs destins, ont gémi et enduré, et leur patience ne fut point payante. Ainsi est le cas de Lalla Bicha, cette dame originaire de la campagne du Souss qui se retrouva dans la tourmente de Casablanca des années qui suivirent la seconde mondiale et qui firent de Guelma, Sétif et Kherrata un bain de sang. Dans le Maroc sous protectorat, il n’y avait pas lieu de badiner avec le nationalisme et la peur régnant des deux côtés des frontières et c’est ainsi que la dame se manifestait au gré des pseudo-apaisements pour contacter sa tante maternelle Hadja Aïcha à Zemmora en Algérie. La guerre de libération vit aussi la joie de l’indépendance du Maroc et aussi de la Tunisie, mais sans pour autant venir au secours de la dame qui rêvait d’enlacer sa tante.
L’âge faisant, les dames vieillirent, la santé périclita, Lalla Bicha ne put quitter les côtes de l’Atlantique laissa Lalla Fatima la mère à Mohcine sur les braises d’une rencontre peut-être mythique et Hadja Aïcha, la Moudjahida et veuve de Chahid, se mura chez elle et le destin fit que la première rejoignit son Créateur en 2000 à l’âge de 75 ans et la seconde, aujourd’hui âgée de 88 ans, attend de rejoindre sa nièce.
Dur destin pour des dames, mères d’hommes et de femmes qui firent de grandes nations et qui rêvèrent encore plus grand d’un Grand Maghreb que ne purent construire les hommes qu’elles ont enfantés. Benatia.
16 décembre 2011. Fatafeat.com, la chaîne de télévision culinaire arabe vous propose une recette originale, le rfiss des Hararta, Un mets millénaire que vous dégustez obligatoirement le jour de l'Aïd El fitr selon les tradition et qui fait la joie des enfants et rappelle des souvenirs de grand-mère aux plus âgés.
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